1984 - "Georges Yatridès, le peintre hors du tumulte qui maîtrise le temps" - citation de Réné Char - (commentaires d'Alexandre Bourmeyster)

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Transcription du reportage

PARTIE 1

D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?
Que sommes-nous? Où allons-nous?
Quand nous pénétrons dans le monde de Georges Yatridès, nous avons envie de répéter les interrogations de Gauguin mais  nous éprouvons l’étrange sentiment qu’il a déjà répondu à des questions que nous ne nous sommes pas encore posées. Il semble tout aussi absurde de poser dans ses toiles une forme à un contenu que de distinguer une science picturale et un message à déchiffrer.
Cette perfection formelle qui s’affirme de façon provocante, n’est ce pas le véritable sujet de l’œuvre? Cette beauté inexplicable inquiète et dérange. Le regard cherche vainement une faiblesse, une retouche maladroite. En repentir, la toile se livre avec l’impudence tranquille d’une divinité qui sait qu’elle est inabordable car elle est inapprochable.
L’exploration infinie des possibilités picturales, voila la perspective de travail que Yatridès s’est ouverte en maitrisant successivement les divers langages de l’art du 20eme siècle. En intégrant une écriture abstraite dans une composition figurative, il ne cherche nullement à imiter la réalité. La matière qu’il produit est une création entièrement originale qui n’a pas de modèle ni de référent dans le monde naturel. Une œuvre de Yatridès est littéralement une toile abstraite délimitée par un tracé rigoureux et traité de façon autonome afin d’explorer dans chacune d’elle diverses techniques portées à leur apogée.

PARTIE 2

Une quête, une aspiration à l’absolu ne se laisse pas diviser en préoccupation techniques et en tourments spirituels.  Elle forme un tout. C’est ainsi qu’une étrange plaque métallique s’est élevée dans l’espace ouvert par Yatridès. Elle réapparaitra quelques années plus tard dans "2001 odyssée de l’espace", le roman de Clark, puis dans le film de Kubrick. Yatridès construit un univers et le peuple aussitôt d’interrogations en avance sur son temps.

PARTIE 3

Prendre la mesure du temps… La contemplation des toiles de Georges Yatridès constitue un privilège que notre siècle, avare en la matière, n’accorde qu’avec parcimonie : la possibilité de transgresser les frontières de notre finitude et d’accéder à l’intemporalité, voire à l’éternité.
L’illumination du tableau n’est pas destinée à fixer un instantané, à figer dans une éternité illusoire une relation éphémère entre des objets tributaires du temps et de l’espace. Elle est un superflu, un don gratuit que le peintre ajoute à sa création. Gratuit, car l’œuvre est déjà programmée par le graphisme initial mais indispensable comme la liberté, l’espérance et la grâce. Cette lumière décompose et recompose ce que la matière avait fixé à jamais. Hors du temps, elle devient temps elle-même, le temps de l’œuvre achevée.

PARTIE 4

Ce qui est clair n'est pas simple. Seule une technique poussée aux limites de l'expression peut porter une vision du monde aussi complexe, aussi fascinante, aussi lisible. L'oeuvre de Yatridès ne vise nullement à rivaliser avec la perfection de l'art grec. C'est un fantastique bond en avant selon une perception et une expression considérablement élargie mise au service d'une ambition métaphysique: maîtriser le temps par un art qui transcendent les limites humaines et qui s’apparente à un acte divin.

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